Les essais d'eau en géotechnique

Les essais d'eau permettent de caractériser quantitativement la circulation des eaux souterraines. Ils sont indispensables pour dimensionner les rabattements de nappe, les drainages, l'étanchéité des barrages et des fouilles. Trois grandes familles d'essais sont utilisées en pratique.

Tous ces essais reposent sur la même loi de Darcy, qui exprime que le débit d'eau Q traversant un milieu poreux est proportionnel à la perméabilité K, à la section A et au gradient hydraulique H/h.

Illustration de la loi de Darcy
Illustration de la loi de Darcy : Q = K · A · H/h. Le débit Q traversant une colonne de sable dépend de la perméabilité K, de la section A et du gradient hydraulique H/h.

L'essai Lefranc

L'essai Lefranc est le plus utilisé en géotechnique courante. Il s'intéresse aux terrains très perméables (perméabilité de l'ordre de 10⁻³ à 10⁻⁵ m/s). On l'utilise classiquement pour mesurer la perméabilité d'interstices de roches meubles (sables, graves, alluvions).

Principe

L'essai consiste à injecter de l'eau dans des couches perméables et à mesurer le volume d'eau absorbé sous une charge hydraulique donnée. Connaissant le volume injecté, le diamètre du forage et la charge hydraulique appliquée, on calcule le coefficient de perméabilité :

Q = m · K · H · D  d'où  K = Q / (m · H · D)

Schéma de l'essai Lefranc
Schéma de l'essai Lefranc : un obturateur (typiquement 0,30 à 1,50 m) isole une tranche du forage (essayée sur 0,50 à 5,00 m), dans laquelle on injecte de l'eau sous une charge H. Le débit Q absorbé est mesuré au compteur, la pression au manomètre Pm.

L'essai Lugeon

L'essai Lugeon est plutôt réservé aux terrains de perméabilité moyenne à faible (10⁻⁵ à 10⁻⁸ m/s). On l'utilise pour mesurer la perméabilité de fissures dans les roches compactes — c'est l'essai de référence pour les études de barrages, voiles d'étanchéité et soutènements en site rocheux.

Principe

Il consiste à injecter de l'eau dans un forage sous différents paliers de pression, pendant un temps constant, afin de déduire la perméabilité de la formation géologique. Les paliers classiques sont 1, 2, 5, 10 puis 5, 2, 1 bars (cycle ascendant-descendant), maintenus 10 minutes chacun. Les paramètres mesurés (volume injecté, pression appliquée) sont convertis en « absorption unitaire » exprimée en unité Lugeon.

1 Lugeon = débit de 1 litre/minute injecté dans un tronçon de forage de 1,00 m, sous une pression de 1 MPa (10 bars), maintenue constante pendant 10 minutes.
Équivalence approximative : 1 UL ≈ K = 10⁻⁷ m/s.

L'analyse de la courbe pression-débit sur les paliers ascendants et descendants permet d'identifier le comportement : laminaire, turbulent, gonflement, lavage, colmatage. Si la courbe est linéaire, on peut appliquer :

K = (1/π) · Q · ln(R/r) / (L · H)

Sonde double-packer pour essai Lugeon
Sonde double-packer pour essai Lugeon : la chambre d'essai est isolée entre deux packers gonflables, équipée de capteurs de pression mesurant la pression d'injection et les pressions dans les chambres adjacentes (vérification de l'étanchéité des packers).

L'essai de pompage

L'essai de pompage est le plus représentatif pour caractériser une nappe à grande échelle. Le principe : pomper l'eau d'un puits central à débit constant, et observer le rabattement dans le puits et dans plusieurs piézomètres d'observation environnants.

Les paramètres déduits :

Les méthodes d'analyse classiques sont celles de Theis (régime transitoire) et de Jacob (approximation logarithmique en régime quasi-permanent).

Installation type pour un essai de pompage
Installation type pour un essai de pompage : (1) tube crépiné, (2) matériau filtre, (3) pompe immergée, (4) tubage du puits, (5) tube de mesurage du niveau d'eau, (6) bouchon étanche, (7) tube support de la crépine, (8) dispositif de mesurage du niveau d'eau, (9) base de la crépine.
Disposition des piézomètres autour d'un puits de pompage
Disposition typique des piézomètres autour d'un puits de pompage : plusieurs piézomètres d'observation sont implantés à différentes distances (X1 à X4 sur l'axe est, Y1 à Y3 sur l'axe nord) pour caractériser le rabattement et calculer la transmissivité de la nappe par les méthodes de Theis ou Jacob.

Le micromoulinet

Le micromoulinet (ou flowmeter) est un dispositif descendu dans un forage pour mesurer la vitesse verticale du fluide à différentes profondeurs. Il identifie :

La relation T = K · H permet de calculer la transmissivité de chaque venue d'eau identifiée.

Profil de micromoulinet — chantier France Télévision Paris 15
Profil de micromoulinet réalisé dans un puits du 15e arrondissement de Paris (chantier France Télévision) : l'enregistrement du % du débit maximum en fonction de la profondeur identifie 6 venues d'eau distinctes (K1 à K6), correspondant à autant d'horizons perméables. Les profils de descente et de remontée sont superposés pour validation.